|





© Arab Images Foundation® 2205 |
Du côté d'Aley...
Pourquoi un immeuble déserté et l'autre pas. Pourquoi le premier est il vide et le second habité ? Sur l'un, le délabrement est total, portes d'entrées inexistantes, ordures sur le balcon, inscriptions sur les murs. L'autre immeuble offre la vue de linge propre accroché au mur extérieur par une corde, comme par hasard, ce sont des draps blancs. Sur le balcon d'à côté, un homme installe sa chaise, de façon à tout voir. Sur l'étage du bas, un vélo d'enfant est posé sur la balustrade. Ces deux immeubles, situés à vingt mètres d'écart l'un de l'autre, sont pratiquement identiques et pourtant... Je me rends compte plus tard que c'est une question de vue, de stratégie militaire. Le premier regarde sur la vallée plongeante, et plus loin la mer. Les militaires sont friands de vues ; après tout ils étaient là pour surveiller. Ceux qui avaient fuit la capitale au tout début de la guerre pour venir se réfugier dans les hauteurs, ne mesuraient pas, eux non plus, l'importance stratégique de l'endroit. Ils seront déplacés brutalement, puis une seconde fois par les attaques de mortiers. Pour aller où cette fois ? S'enfouir plus, ou s'enfuir tout court.
Au Liban on ne déblaie pas ou alors le strict minimum. Des villas flambantes neuves peuvent côtoyer ce qui était naguère un champ de bataille. Tout est laissé tel quel. On vit à deux pas d'un terrain vague, désert et glauque et pourtant bruyant par les slogans et symboles politiques qui en couvrent les murs. Un drapeau, façon drapeau dans le vent, est raturé de plusieurs traits verts. C'est peut être ça le Liban : un pays plein de traces. Tout est simplement mis de côté, laissé pour compte, légèrement effacé. Chaque groupe laisse sa trace, on peut l'ignorer, mais pour celui qui veut vraiment savoir il lui suffit de visiter les immeubles vidés, tapissés par leurs habitants successifs de différentes couches de peinture et d'écritures. Il y a d'autres pays qui usent d'une méthode bien plus drastique. La trace de l'autre est toujours systématiquement et méthodiquement effacée. On change le nom des routes, des villes, on détruit les cimetières, les habitations. On rase pour construire du neuf. Au passage, la terre a changé d'identité. |