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© Arab Images Foundation® 2205

Intérieurs

Il y a véritablement une typologie d'immeubles occupés par les militaires. Dans la région d'Aley, ce sont des immeubles repris aux civils ayant cherchés refuge dans la montagne, fuyant les premières vagues d'attaque sur Beyrouth.

Si les façades extérieures paraissent banales, les intérieurs sont riches de détails révélant une part de la vie de chacun de ces habitants. Le carrelage des salles de bains, le papier peint, une marque plus claire désignant l'emplacement d'une cuisinière ou d'une machine à laver...

Les conditions de vie des derniers occupants sont visiblement difficiles pour ne pas dire insalubres. Souvent il n'y a pas de toilettes, résultat, beaucoup d'excréments dans les appartements, après tout, il fallait se planquer... Il n'y a presque jamais de matelas, quelques couvertures puantes par terre.   Une constante: la saleté.

Les objets laissés par les militaires font penser à des installations d'art moderne, comme si chaque objet, brique, cageot et carton de jus de fruit avaient étés laissés là, exprès.

Les murs sont tapissés de papier aluminium brillant et coloré.   Ce revêtement, qui a pour fonction initiale de servir d'emballage à divers produits ménagers, shampoing, savon liquide ou même chewing-gum, se trouve recyclé en papier peint pour isoler la pièce du froid extérieur ! La reproduction du même emballage donne à la chambre un effet pop art avec ses couleurs psychédéliques et ses photos totalement absurdes. On se croirait à l'intérieur d'une installation d'Andy Warhol qui aurait mal tourné. Dans un des immeubles, je tombe sur du papier peint fleuri rose saumon collé dans tous les sens ; je crois rêver, Laura Ashley est-elle passée par là et si oui, à quel moment, qui étaient les occupants? Civils ou militaires ?   

Sur le plafond, on change d'univers. Le plafond est le seul mur qui n'est pas recouvert de papier aluminium. On y découvre des phrases entières pour la plupart en arabe. Etait-ce là, la seule page blanche qu'ils aient pu trouver?

La salle de sport.

Il n'existe évidemment pas de salle de sport dans ces immeubles occupés, bien que l'on voit encore parfois des anneaux accrochés au plafond, dans le style de ceux utilisés par les gymnastes soviétiques. Mais, de manière presque systématique, des haltères sont posés sur le sol; elles sont partout, le soldat devait se muscler pour passer le temps et maintenir sa forme.   

Mode d'emploi: Comment fabriquer ses propres haltères avec tr è s peu de moyen s.  

Prendre deux grandes boites de lait en poudre en conserve, de préférence de la marque Nido (Nestlé).   Préparer du ciment, chercher une barre de fer solide, placer le ciment dans les boites de conserve, insérer les extrémités de la barre de fer dans chaque boite, en prenant garde à ce que le ciment ne soit pas encore sec....

Les Couloirs

Les immeubles aux longs couloirs sombres évoquent un univers sinistre, de tortures et de misères.   On espère trouver des documents, des tiroirs encore plein, mais tout est vide. Pas d'archives, pas de papier officiel, ni même une feuille contenant les rêveries d'un soldat. Les occupants ont tout pris avant d'évacuer leurs positions. Et pour ceux qui n'en auraient pas eu le temps, notamment les civils, les pilleurs zélés de la région se sont chargés de tout nettoyer (cela inclus les escaliers par exemple).

 

Le choix des images

L'iconographie du solitaire vivant dans une maison qui n'est pas la sienne est souvent naïve. On voit beaucoup de femmes dessinées sur les murs. Parfois nues, parfois simplement, le buste et la tête, rarement sont-elles vulgaires. Elles sourient de leurs grands yeux orientaux à ceux   qui les regardent.

Parce que la montagne fut et reste un territoire contesté, on y trouve toutes sortes de messages politiques des uns et des autres, marquant ainsi leur présence.   Pour ce qui est de l'iconographie de propagande, elle reste naïve, que ce soit des parachutistes qui atterrissent, des drapeaux   qui flottent au vent, des portraits de   dirigeants.   Toutes ces images nous ramènent à une idéologie de guerre froide, on sourit à moitié.

Sur l'autoroute vers Sofar des hommes déguisés en Père Noël vendent de la barbe à papa. Nous sommes en septembre, c'est encore un peu l'été.    Je me demande qui a pu avoir une telle idée.  

Sur le bord de la route, beaucoup d'immeubles vides, une gare routière de l'époque du Mandat détruite au trois quart. Derrière, des hôtels tapissés d'affiches publicitaires pour des bijoux de grand luxe, attendent le client venu du Golfe.