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Nous ne sommes pas des politiciens...
Face au maire adjoint de Haret Hreik, une banlieue de Beyrouth dont la population a explosé pendant la guerre, Samer présente notre projet.
« Nous ne sommes pas là pour faire de la politique. Nous ne sommes pas des politiciens.... Nous sommes des humanistes. Nous sommes là pour faire le point sur un dossier important. Combien de d'exilés vivent dans votre circonscription ? »
Avec toute notre bonne volonté d'humaniste, cela ne nous empêchera pas d'être interpellé par des gardiens de l'ordre du Parti de Dieu à quelques dizaines de mètres de la mairie pour avoir pris des photos du quartier.
Une cache de pilleurs reconvertie en usine écolo
La Vallée Perdue, 9h00 du matin. Ancienne usine. Fabrique de cartouches pour fusils de chasse d'avant guerre transformée en fabrique de cartouches pour fusils à tuer. La légende raconte que l'endroit servait d'entrepôts aux pilleurs de guerre. S'il y avait désaccord sur la division du butin, les pilleurs pouvaient s'entretuer en toute quiétude à l'intérieur de l'entrepôt. Non, ceci n'est pas un film de mafia... L'usine aujourd'hui est quasi vide. On verrait bien une galerie d'art moderne s'y installer ou alors un lieu de rave un peu éloigné des villages. Quelques signes de reconstruction par-ci par-là. On refait les vitres, on met du grillage. Au fond, des ouvriers se demandent bien qui nous sommes avec nos appareils photos, notre trépied, et notre dégaine de randonneur du dimanche. Les ouvriers s'excusent presque d'être Syriens. On discute un peu, on se sent vraiment au milieu de la forêt, dans un lieu secret. L'usine se transforme en centre de recyclage pour le plastique... C'est une belle fin pour une ancienne usine à faire des morts.
Un ermite Grec-Orthodoxe fait du stop
C'est une rencontre inattendue. Un homme attend sur le bord de la route avec ses sacs à côté d'une station service. À lui seul, il semble incarner le réfugier libanais. On décide de l'accompagner. Où va-t-il ? Dans un monastère à quelques kilomètres de là. C'est un moine grec orthodoxe, descendu à Beyrouth pour prendre une douche chaude ! Il est sympathique ce moine. Il nous raconte l'histoire des églises chrétiennes en un quart d'heure. Les Coptes, les Orthodoxes, les Maronites... Le monastère date du quatrième siècle après Jésus-Christ. Pendant la guerre, des milices attaquèrent le monastère et pillèrent l'église. Ils saccagèrent les peintures murales et les icônes, ils enlevèrent les yeux des saints et raturèrent les têtes. La guerre, c'est vraiment la fête du raturage, au dépend de l'autre bien sûr. Les moines, qui n'étaient pas bien nombreux, s'enfuirent une demi-heure avant que les miliciens ne pénètrent dans leur sanctuaire. Sans cela, ils seraient peut-être morts. Depuis, le monastère a repris de la vie et des couleurs, bien qu'il ne reste que six moines.
En 1993, Samer habita quelques jours le monastère. Il reconnaît des visages qu'il avait photographiés 12 ans plus tôt. Il se rappelle surtout d'un moine avec lequel il avait longuement discuté. Depuis peu, ce religieux s'est enfermé derrière le monastère, de l'autre côté du mur. Il s'est retiré loin du monde, pour vivre en ermite total.
L'église contient des fresques du XVII e siècle, peintes par un Roumain. Que devait penser cet artiste roumain en arrivant à la montagne ? Nous entrons, le faste orthodoxe est présent, mais sans lourdeur. À cause de son short, les moines demandent à Christian de cacher ses jambes, un instant plus tard, on lui apporte un châle bleu qu'il doit rouler autour de sa taille ; décidément on n'a pas l'air malin. À peine sortis, arrive un large groupe de femmes venues écouter les paroles d'un des grands popes. Tournée de cafés, tournée de bonbons. On discute avec notre auto-stoppeur, de la vie et de l'au-delà, de ce que l'on mange une fois que nous ne sommes plus qu'esprit, de l'ermite de l'autre côté du mur, de sexe enfin, et de relations entre les hommes et les femmes. |